Découvrez l'implication des externes pendant l’épidémie de Covid-19

Baptiste, Margot, Etienne, Yann, Lucile, Alexandre, Théophile, Pierre-Louis étudiants externes de 4e, 5e et 6e années d’études de Médecine ont su répondre présent. Plus de cinq cents externes se sont portés volontaires pour soutenir les équipes qu’ils côtoient quotidiennement au sein des CHU.

« Fiers de nos soignants » : Alors que le monde hospitalier reprend peu à peu ses esprits, cette affiche accrochée sur le toit de l’hôpital Femme Mère Enfant rappelle la pression subie par les Hospices Civils de Lyon pendant l’épidémie de Covid-19.
Dans ce contexte sanitaire unique, la mobilisation de l’ensemble des métiers permettant à un hôpital de fonctionner a été largement à la mesure des défis qui lui faisaient face.
Parmi cet écosystème particulier qu’est l’hôpital public, les « externes » sont les étudiants de 4e, 5e et 6e années d’études de Médecine, habitués à jongler entre de studieuses journées sur d’imposants livres théoriques et l’apprentissage pratique de l’exercice médical au sein des CHU. Cet apprentissage passe souvent par un rôle de « petites mains » dans les équipes médicales, les familiarisant aux prises en charge hospitalières. Face à la pandémie, ces « bébé-médecins » — comme ils se présentent parfois à leurs patients — ont su répondre présent, et plus de cinq cents d’entre eux se sont portés volontaires pour soutenir les équipes qu’ils côtoient quotidiennement.

A Lyon, les stages des externes ont d’abord été entièrement arrêtés, après décision commune des HCL et des Facultés de Médecine, pour protéger les étudiants et limiter la consommation de matériel de protection qu’entraîne mécaniquement leur présence. Mais très rapidement, à la demande de certains services où leur présence était nécessaire, les externes ont été autorisés à venir prêter main forte, uniquement sur une base de volontariat, notamment dans les services d’urgences, de gériatrie ou encore d’oncologie.
Un vrai soulagement pour nombre d’entre eux, frustrés de quitter leurs collègues au début de l’épidémie, et, plus prosaïquement, heureux de pouvoir sortir de chez eux pour se rendre utile en ce début de confinement.
C’est ce qu’a pensé Margot, étudiante en 4e année, pour qui ce volontariat a aussi été l’occasion de se rapprocher de son objectif : intégrer les équipes du SAMU. En effet, une des premières missions confiées aux externes a été de renforcer les centres d’appels du 15, dont le nombre d’appels entrants avait été multiplié par trois, occasionnant des délais d’attente déraisonnables et beaucoup de stress dans les équipes d’Assistant de Régulation Médicale. Après une courte formation, des dizaines d’externes ont pu se relayer pour recueillir les informations et décider de l’envoi d’une équipe de secours ou non. Une expérience qui a permis à Margot de confirmer sa vocation en « mettant un pied dans son rêve », mais aussi d’être plus responsabilisée que dans certains de ses stages précédents.

Un sentiment de responsabilité qui a aussi été beaucoup apprécié par Etienne, de la même promotion, qui lui est revenu dès qu’il a pu dans le service de gériatrie où il travaillait avant l’épidémie.  Selon lui, « Il est beaucoup plus difficile de me sentir utile si je ne suis pas responsabilisé. Cette responsabilité me motive également à donner le meilleur de moi-même auprès des patients mais aussi dans mes études ». Dans son service entièrement dédié au Covid, les externes n’étaient pas au contact direct des patients. Ceci ne l’a pas pour autant empêché d’apprendre sur son futur métier, puisqu’il était chargé de donner quotidiennement des nouvelles aux familles de ses patients, privées de visite dans le contexte épidémique, et légitimement inquiètes. Une tâche qui nécessite parfois beaucoup de tact quand les nouvelles sont moins bonnes… Mais aussi des connaissances médicales et de la pédagogie, quand il s’agit d’expliquer l’état clinique d’un proche : « J’étais très heureux de pouvoir aider autrui avec mes études et mes connaissances. Je me suis rendu compte qu’il est précieux que celles-ci servent à d’autres. » nous explique-t-il. Restant modeste à propos de l’importance de cette tâche vis-à-vis du travail quotidien des soignants seniors, il avoue même avoir parfois été gêné par les remerciements des familles, qu’il s’empressait de transmettre au reste de l’équipe !

La situation exceptionnelle liée à l’épidémie a aussi été l’occasion pour certains des étudiants lyonnais de prendre des initiatives inédites, malheureusement peu communes dans ces études où le temps est souvent accaparé par le travail personnel et la présence à l’hôpital. C’est notamment le cas de Yann, lui aussi en 4e année, qui, irrité « d’entendre tout et son contraire » autour de lui, a voulu « Remettre au centre des débats publics une parole scientifique. ». Accompagné notamment par le Pr Ader et supporté par la faculté ainsi que plusieurs autres professeurs, il s’est entouré d’une équipe d’étudiants de médecine, de double cursus médecine-sciences et de graphisme pour mener un projet de vulgarisation scientifique sur plusieurs thèmes liés à l’épidémie et aux essais cliniques. Mission accomplie, puisque deux vidéos « Covido ergo sum » ont été publiées sur la chaîne YouTube des HCL ! Une opportunité pour lui de se confronter à l’inconnu en développant de nouvelles compétences de gestion de projet tout en capitalisant sur sa formation initiale, plus scientifique.

Enfin, le volontariat aux urgences a aussi permis à ces jeunes soignants de se rendre réellement compte de la situation sanitaire. Benoît, en 6e année et interne l’an prochain, n’a pas mis entre parenthèses ses révisions de l’ECNi (le concours de l’internat) uniquement pour rendre service, mais aussi afin de se former à la prise en charge des patients contaminés par le SARS-Cov2 pour l’an prochain. Cette confrontation directe à la situation sur le terrain était aussi voulue par Lucile, étudiante militaire en 5e année à l’École de Santé des Armées. Elle fait partie des 22 étudiants lyonnais qui ont participé à l’opération Résilience, destinée à soutenir les systèmes de soins des régions les plus sévèrement touchées. Déployée à l’hôpital militaire de Metz, elle explique avoir voulu « ne pas subir [sa] confrontation au virus uniquement via les médias. ». Là-bas, elle a accompli différents rôles, tournant entre les gardes aux urgences, le soutien aux équipes paramédicales en tant qu’Aide-Soignante ou Infirmière, et, comme Etienne à Lyon, les sessions d’appels avec les familles de patients. Un rythme soutenu, qui lui ont rappelé l’intensité physique des métiers paramédicaux, qu’elle côtoie tous les jours mais dont elle n’avait pas vraiment partagé le quotidien depuis sa première année. Cependant, pour elle aussi, ce sont les appels qui l’ont le plus marquée. Et, si elle admet avoir été profondément affectée par quelques annonces difficiles, elle garde un excellent souvenir de l’organisation de télé-visites par appel vidéo, une solution originale pour pallier la solitude de certains.

Le volontariat des étudiants a donc pris des formes aussi diverses que les motivations de ces médecins en devenir. Pourtant, alors qu’il est parfois vécu comme un luxe dans ce cursus rythmé par plusieurs concours, l’engagement auprès d’autrui reste un enjeu capital pour les externes. A travers celui-ci, ces étudiants peuvent se positionner en véritables acteurs de santé, à leur échelle. Un exemple supplémentaire illustrant la nécessité de revaloriser ce type d’initiative lors de la réforme du second cycle des études médicales, prévue pour l’an prochain.


Baptiste DUCHAMP
Promotion Charles Nicolle - étudiant en 6em année de médecine Lyon Est - 2020-2021


 
Alexandre et Théophile, externes en 4e et 5e années, en garde de nuit au service d’urgence de l’hôpital de la Croix-Rousse.

 
 
Le Pr Ader, Yann et toute son équipe en visioconférence pour élaborer des vidéos de vulgarisation scientifique.


 
Pierre-Louis, répondant à un appel au centre de régulation du SAMU du Rhône.
   

Publié le 17 juillet 2020 Mis à jour le 20 juillet 2020